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  • : Je suis Pèlerine et Citoyenne d'un monde que je parcours en tous sens depuis des années. Par mes récits, croquis ou aquarelles, fictions, photos, carnets de voyages, je laisse ici quelques traces des mondes réels ou imaginaires que je traverse...
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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 18:49

L’homme en noir, Rua Comandante Dangereux

 

homme-en-noir.jpg

 

Je venais d’arriver à Luanda et je découvrais la ville du haut de mon balcon. Du huitième étage j’avais une vue stratégique sur le quartier Alvalade. Je m’y postais souvent depuis que j’avais découvert que le soir y apportait une ombre apaisante, que le vent de mer y soufflait une brise fraîche et que je pouvais, aussi souvent que je le voulais, m’isoler et y savourer quelques instants au calme. Au fil des jours, goûter la tiédeur du soir sur le balcon était devenu presque un rituel, une échappée du quotidien. Je sortais sur le balcon, refermais derrière moi les vitres coulissantes, m’isolais d’une journée infernale et rentrais dans un autre univers où la vie semblait tout à coup se dérouler au ralenti : les bruits étaient atténués, les hommes marchaient plus lentement (est-ce moi qui l’imaginais ?),  la nuit absorbait les tensions, du moins ici, sous le balcon, du moins pour moi, je voulais le croire.

 

J’avais souvent l’impression honteuse de regarder sans être vue mais ma présence était discrète,  presque invisible. Je n’étais pas à l’affût pour voler l’intimité des autres, j’étais là seulement pour voir s’écouler la vie et me sentir  « une », au milieu d’un tout.

 

Ce soir là l’avenue Marien N’guabi était très bruyante. Les piétons qui tournaient au coin de la rue pour emprunter la rua Comandante Dangereux laissaient d’un coup la fournaise de l’avenue principale et son agitation et  pénétraient dans le couloir d’ombre dispensée par l’immeuble où j’habitais et les grands flamboyants qui bordaient l’autre côté de la chaussée défoncée. Leur allure changeait. Elle ralentissait… sans doute pour prolonger la parenthèse où ils pouvaient goûter sur une centaine de  mètres cette fraîcheur relative. C’est là que je le découvris. J’ai  cru  d’abord qu’il s’était arrêté là parce que l’alcool l’avait couché par terre. Il gisait au milieu des détritus. Cet homme là je l’ai donc vu couché la première fois. Et quelque chose me semblait anachronique dans son aspect sans que je sache exactement déterminer quoi… une sorte de malaise en le voyant. C’était le soir, la rue était sombre et sous les flamboyants le corps de l’homme était inerte. Il était étalé comme tombé par terre. Voilà… il semblait mort. Mais le malaise venait aussi des autres qui passaient à le toucher, sans le voir, indifférents. Je fixais cette ombre morte intensément comme pour l’obliger à me dire quelque chose, quelque chose de cet homme en noir couché sous mon balcon… De soir en soir l’ombre me devint plus familière. Je l’interrogeais toujours sans percevoir de réponses… Et puis un soir, curieusement, le souffle chaud de l’Harmattan m’enveloppa d’un nuage de sensations étranges. Je voyais, vingt mètres plus bas, l’homme noir couché sur le bas-côté. A l’ombre des flamboyants se répandait son ombre plus sombre encore et son histoire s’inscrivait définitivement dans ma mémoire. L’histoire d’un enfant perdu au milieu d’une guerre civile, l’histoire de sa peur à mouiller nuque et chemise, l’histoire d’une vie qui n’est plus qu’un hasard au milieu du chaos ; une errance incertaine parmi ceux qui n’y avaient pas encore laissé leur âme ; l’ombre d’une vie qui s’était enfuie sans doute avec la raison… J'en avais vu quelques fois de ces hommes égarés, errant parfois nus dans la ville, perdus au milieu de la foule, sans regard pour aucun et tellement isolés en eux-mêmes qu'ils en devenaient transparents pour tous les autres...

 

Je ne me contentais plus maintenant de m’éclipser le soir sur mon balcon… j’y faisais, dès que je le pouvais, des incursions rapides, juste pour vérifier s’il était là. Le plus souvent c’était le soir qu’il apparaissait, ombre informe sous le grand flamboyant. Parfois, lorsque je prenais le bus, tôt le matin, il était encore là, gisant, le visage fermé, mais tourné vers le ciel. Que faisait-il de ses journées, de son temps, de sa vie ? Et de quoi vivait-il ? Au fil des jours l’envie d’en savoir davantage me fit faire le premier pas. Avec un reste de poulet froid, un morceau de pain et de fromage, une orange, enveloppés dans un sac plastique, je partis à sa rencontre. A quelques mètres de lui j’hésitais encore. Je ne l’avais jamais vu d’aussi près. Je retrouvais ce sentiment de malaise des premiers jours. Il était vêtu tout de noir, mais son accoutrement était des plus étranges. On aurait dit qu’il s’était plongé dans un bain de mazout ou d’huile de vidange. Tous ses vêtements : pantalon, débardeur, ce qu’il restait d’un blouson de toile sans manches, tout était imbibé d’un liquide noir et luisant. Même son visage, même ses mains, même ses cheveux crépus… son corps entier luisait dans l’ombre et ses vêtements, collés au corps, lui faisaient comme une seconde peau, encore plus noire que sa couleur originelle. Il ne m’avait pas vue, il regardait fixement un point invisible au-delà des arbres, il ne bougeait pas. Je vis qu’il avait délimité son aire avec un bout de carton sur lequel il dormait probablement. Il n’avait aucun bagage, mais il portait, en bandoulière, une besace aussi noire que tout le reste et,  autour de son cou un nombre impressionnant de colliers, de ficelles, d’amulettes et de gris-gris qui faisaient comme une carapace de protection sur son torse d’une maigreur épouvantable. Puis il me vit enfin, j’étais à quelques pas de lui, et je me sentis brutalement en danger. Je tendis mon paquet comme une offrande, ou comme un bouclier, il ne fit aucun geste pour le prendre, mais son regard affolé me fit comprendre qu’il ne fallait plus avancer. Je déposais presque à ses pieds mon obole et quelques mots d’un portugais balbutiant qui étaient censés en expliquer le contenu, et je m’enfuis à reculons jusqu’au coin de mon immeuble où je m’engouffrais, la respiration un peu courte. Dans l’ascenseur qui me ramenait au 8ème étage je revis la scène au ralenti. J’avais eu peur mais je crois bien qu’il avait eu peur encore plus que moi. Son regard fou transpirait l’angoisse et une sorte de panique d’animal aux abois. Je ne comprenais pas mais ne renonçais pas non plus à apprivoiser ce drôle d’animal. Le lendemain matin il avait disparu, mais mon sachet plastique intact était toujours là où je l’avais posé. Le soir même il était de retour,  son corps maigre étalé sur son bout de carton, immobile et le regard perdu dans les étoiles. Quelques jours passèrent et je m’enhardis à tenter une deuxième approche. J’avais préparé un autre sac plastique mais alors que j’arrivais au bas de mon immeuble j’entendis des éclats de voix et vis un attroupement grossir au coin de la rue.  J’ai tout de suite compris que cela concernait l’homme en noir. Un groupe de jeunes mendiants le cernaient et tentaient de l’approcher. L’homme poussait des cris inhumains d’animal blessé. Autour du groupe, la foule grossissait, un candongueiro avait stoppé son taxi bleu et blanc et ses clients, entassés à 20 ou 30 dans l’habitacle, regardaient sans compassion, la scène violente. Certains haranguaient les loqueteux pour les exciter, d’autres s’étaient approchés par curiosité, presque ravis du spectacle. Je savais qu’en cas d’attroupement il ne fallait pas traîner dans les parages, surtout à la nuit tombée. Pourtant je suis restée plantée là, mon sac plastique au bout du bras, comme si ma présence pouvait le protéger un peu. L’un des plus jeunes et plus habiles réussit à le ceinturer par derrière, alors les autres foncèrent sur lui pour le déposséder. Aussi indifférente à l’issue de la scène qu’elle avait semblé participer à ce combat famélique, la foule s’apprêtait déjà à se disperser lorsque l’homme surprit tout le monde. C’est là que je compris le pourquoi de son accoutrement : comme une anguille gluante, l’homme en noir ayant fait mine de se soumettre un instant, s’échappa sans difficulté des bras qui le ceinturaient trop lâchement. Quelques secondes lui suffirent pour s’enfuir vers les ruelles étroites du musséqué sans que ses agresseurs ne fassent un geste pour se lancer à sa poursuite.

 

L’homme en noir avait depuis longtemps trouvé le moyen d’échapper à toute contrainte, d’esprit ou de corps… Au fond de la rua Comandante Dangereux, je le vis courir plus vite que je ne l’en aurais jamais cru capable et je sus à cet instant que je ne le reverrai plus.

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Published by Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde - dans Fiction - Souvenirs récents - souvenirs d'antan
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Ionna 28/04/2010 17:18



Ne sois pas frustré, bien au contraire. Désormais cet homme existe et c'est grâce à toi. Je pense
qu'il continuera à vivre dans le cœur de tes lecteurs, et c'était la plus belle chose à faire. Tu me l'as appris toi même, nous ne pouvons malheureusement pas porter toute la misère du
monde.


En tout cas, magnifique texte comme toujours. (Même si je l'avoue, je me serai bien passé de raviver se
genre de souvenirs) Mais ca en valait la peine. Je rejoins l’avis de tes amis et si tu publié un livre ? « CAP OU PAS CAP » ?? 


A toi, la meilleure maman du monde, je t'aime.


 



Dominique 25/04/2010 23:47



Je recommence et te prie de m'excuser pour ce message plus rapide que ma main sur le clavier ! Il va falloir que je prenne des cours de ratrappage car ça m'arrive de plus en plus souvent.


Je disais donc que quand tu t'arrêtes à l'auberge ça vaut le coup et pour les retours et pour les propositions. C'est super tes retours par auteur !


Pour ce qui est de l'homme en noir, on nepeut rester indifférent devant un tel destin. tu le décris comme un animal éternellement pris au piège. Sa vie n'est qu'une longue traque sans aucun
espoir. On sent qu'il a dépassé le seuil de la rencontrehumaine et d'un éventuel dialogue, il est au_delà dans sa fuite sauvage. A l'instar du geste du narrateur on aimerait bien pouvoir
intervenir pour casser l'inéluctable mais il est déjà si loin des hommes.


Ton texte nous laisse un remords amer comme lorsque l'on croise un mendiant que l'on a feint de ne pas voir. Merci pour ce témoignage qui nous rappelle le prix dela liberté


amicalement


Domino



Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde 26/04/2010 11:04



Je crois que c'est à Cath que je répondais qu'en effet, l'impression qu'il me reste de cette rencontre "avortée", c'est un sentiment de non achevé. Il aurait
pu se passer quelque chose, mais il ne s'est rien passé. Le passé justement pesait sans doute d'un poids (mort !) beaucoup trop lourd pour que cet homme en noir puisse être resté accessible au
monde extérieur. Son seul monde, dans l'état de dénuement extrême où il se trouvait, c'était "sa peau". Sauver sa peau. Merci Domino pour ton retour sur une histoire qui m'a hantée pendant
plusieurs années (je croyais qu'en l'écrivant elle me libèrerait, mais je crois que l'homme en noir continuera de courir dans ma tête...)



Dominique 25/04/2010 23:39



Bonjour Martine, Tu es peut-être peu présente mais quand tu passes à l'



Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde 26/04/2010 11:19


ton doigt a ripé ? ;o))


Marie-Claire 25/04/2010 23:34



Bonsoir Martine, Quel beau texte ! Tu nous fais partager tes sentiments très forts (curiosité, intérêt, compassion, honte) sans jamais les citer, rien qu'en nous donnant à voir une scène que tu
décris de façon apparemment très extérieure,à la façon d'un entomologiste. Cette description est bien plus frappante que si tu avais développé avec pathos le ressenti du narrateur. C'est une
réussite


Tu as aussi le sens de l'image. J'ai beaucoup aimé, entre autres, "une vie qui n'est plus qu'un hasard au milieu du chaos", "l'hombre d'une vie qui s'est enfuie avec la raison"...


Il y a juste le terme "anachronique" qui ne me paraît pas bien adapté lorsque tu décris la présence de cet homme couché sur le trottoire. L'adjectif "insolite" ou "incongru" ne conviendrait-il
pas mieux ?


Félicitation pour ce texte sensible et très pudique !


Marie-Claire



Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde 26/04/2010 11:38


Oui tu as raison Marie-Claire, il est probable qu'insolite ou incongru seraient mieux perçus par le lecteur. Mais je persiste pour anachronique qui exprime complètement ce que j'ai voulu dire. Son
vrai sens, son sens premier c'est "qui est déplacé à son époque, qui est dépassé". Je voulais signifier que l'acoutrement de cet homme nous ramenait à des temps "préhistoriques". Il est décalé
parce qu'il ne vit pas dans la modernité d'une ville, c'est presque un homme des bois ou des cavernes, même si des hommes avec attachés-cases et des 4x4 le côtoient quotidiennement. Il est bien
"hors du temps", "anachronique". Mais puisque tu as fait cette remarque c'est que je n'ai pas su exprimer correctement mon idée, j'aurais peut-être dû préciser mieux, comme je viens de le faire
avec toi... Merci de cette remarque perspicace et de ton gentil commentaire, amitiés,


J F F GrandsLieux! 24/04/2010 12:32



Comment, avec finalement peu d'événements, tu arrives à faire une histoire impressionnante, voilà un mystère, à moins que ce soit du talent, tout simplement !
...


Cet homme en noir me fait penser que l'enfer n'est jamais bien loin. On l'a inventé pour l'au-delà, c'était pour accepter les peines d'ici bas. L'enfer peut nous
toucher d'un instant à l'autre. Heureusement le paradis aussi !


Merci, Martine.



Martine, Pèlerine et Citoyenne du Monde 26/04/2010 11:24


Ton optimisme finit toujours par l'emporter et c'est bien sûr toi qui a raison. L'enfer nous côtoie et l'on fait souvent mine de ne pas le voir... probablement pour se protéger. Compatir, se
montrer solidaire, c'est à la mode, pourtant loin des médias, c'est une démarche peu populaire, il suffit de voir les infos ce matin : cet homme, sdf, aux Etats-Unis, qui veut protéger une femme
agressée et qui en meurt dans l'indifférence générale. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il serait bon de rétablir quelques valeurs humaines dans le coeur des Hommes...